Les impÔts et le TrÉsor

 

 

Longtemps, le ministère des Finances a été le grand ministère chargé entre autre des questions  budgétaires. Ces dernières ont souvent été confiées, au sein de ce ministère, à un secrétaire d’Etat, voire le plus souvent à un ministre délégué.

Depuis le 19 juin 2007 et la nomination du Gouvernement Fillon, « Bercy » a été scindé en deux ministères, celui de l’Economie, des finances et de l’emploi et celui du Budget, des comptes publics et de la fonction publique. Ce dernier rassemble plusieurs directions générales qui correspondent à de très anciennes administrations financières.

Deux d’entre-elles, le Trésor et les Impôts exercent des compétences proches, néanmoins, elles sont jalouses de leur autonomie. Celle-ci va disparaître puisque le ministre du Budget a annoncé la fusion prochaine du Trésor et des Impôts.

 

 

I - Deux administrations du ministère du Budget

 

 

A - La Direction générale des impôts (DGI)

 

La Direction générale des Impôts (DGI) est une administration publique française rattachée depuis le Décret n° 2007-1003 du 31 mai 2007 au nouveau ministère du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique. Elle a été mise en place au début de la Ve République à la suite de la fusion de la direction des contributions directes et de la direction des contributions indirectes.

 

a) Organisation

 

La DGI est parmi les directions la plus importantes par ses effectifs avec plus de 75 000 agents qui se répartissent entre les services centraux et un réseau de services déconcentrés particulièrement dense.

 

1° Les services centraux

 

Les services centraux de la DGI sont situés à Bercy. Ils sont placés sous l'autorité du directeur général des impôts. Ils sont subdivisés en directions et  bureaux et services.

Certains sont des services logistiques dans la mesure où ils permettent à la Direction de fonctionner dans de bonnes conditions. C’est le cas du service de l'application qui prend en charge les outils de gestion ou encore le service juridique ou bien le service des ressources.

Les directions, elles exercent une compétence particulière sur l'ensemble du territoire français :

- la direction des Grandes Entreprises, qui doit gérer la fiscalité des grandes entreprises (plus de 400 millions de chiffres d'affaires)

- la direction des Vérifications nationales et internationales, qui effectue le contrôle fiscal des grandes entreprises 

- la direction nationale des Enquêtes fiscales, qui est chargée de dépister les circuits de fraude fiscale 

- la direction nationale de Vérification des situations fiscales, qui est compétente en matière de contrôle de la fiscalité des particuliers les plus importants.

2° Les services déconcentrés

Ils se situent essentiellement au niveau départemental, mais ils sont coordonnés par des structures à compétence territoriale plus large.

Les délégations interrégionales coordonnent en effet les travaux des Directions des services fiscaux implantées dans chaque département. Elles interviennent notamment en matière de contrôle fiscal puisqu’à travers leurs directions du contrôle fiscal (DIRCOFI), elles surveillent les entreprises les plus importantes du ressort territorial.

Les directions des Services fiscaux (DSF) regroupent tous les services des impôts au sein du département. Elles sont dirigées par un directeur des services fiscaux. Elles regroupent  les centres des impôts (CDI), chargés de l'impôt des particuliers, et les services des impôts des entreprises (SIE), chargé des professionnels.

 

           

b) Missions

 

 

La DGI est traditionnellement compétente pour établir l’impôt grâce à ses différents services. C’est ainsi, qu’elle calcule l’assiette des impôts directs d’Etat : l’impôt sur le revenu, l’impôt de solidarité sur la fortune, l’impôt sur les sociétés.

Elle assure également une mission similaire pour le compte des collectivités locales puisqu’elle détermine et évalue les bases des impôts directs locaux : Taxe d’habitation, Taxes foncières et Taxe professionnelle.

Mais, la DGI encaisse également les impôts indirects : droits d’enregistrement et surtout la TVA et depuis quelques années, l’impôt sur les sociétés.

Enfin, outre la mission de contrôle fiscal qui lui incombe, elle doit également prendre en charge le traitement administratif des réclamations à caractère gracieux ou à caractère contentieux présentées par les contribuables.

 

 

B - Le Trésor

 

 

Cette expression désigne un ensemble de comptables publics au niveau territorial coiffé par la Direction générale  de la comptabilité publique au niveau central (DGCP). Plus de 55 000 agents se répartissent dans ces différents services et remplissent des missions importantes.

 

a) Les services

 

1° Au niveau central

 

- Le service « fonction comptable de l'Etat »

En avril 2004 a été constitué au sein de la DGCP un service dénommé « fonction comptable de l’Etat ». Il a pour mission d’animer et de coordonner l’ensemble de la fonction comptable de l’Etat, et de produire les comptes qui seront soumis à la certification de la Cour des comptes. Il comprend deux sous directions, chargées respectivement des normes et audits comptables, et de l’organisation comptable et de la modernisation de la dépense publique.

 

            - Les services de contrôle budgétaire et comptable ministériel 

Une quinzaine de départements comptables ministériels ont vu le jour en 2004, après avoir été expérimentés depuis juillet 2003, au ministère de l’intérieur et depuis le 1er janvier 2004, aux ministères de la défense et des affaires étrangères. Tous les autres ministères sont désormais concernés depuis le 1er janvier 2005.

Mais, la réforme du contrôle financier s’est traduite par la mise en place des services de contrôle budgétaire et comptable ministériel, institués par un décret du 18 novembre 2005.

Ces services, 15 au total, sous l’autorité du ministre chargé du budget, sont placés auprès d’un ou de plusieurs ordonnateurs principaux de l’Etat. Ils sont chacun dirigés par un contrôleur budgétaire et comptable ministériel (CBCM), qui a la qualité de comptable public.

Au niveau central plusieurs comptables exercent leurs fonctions :  l’Agent comptable central du Trésor, le TPG de l’Assistance publique- Hôpitaux de Paris, le TPG pour l’étranger, l’Agent comptable des créances spéciales du Trésor, le Payeur général.

 

2° Les services déconcentrés

 

Dans chaque département il existe un Trésorier payeur général (TPG). Dans le département chef-lieu de région, le TPG est également TPG de région.

Dans les arrondissements les plus importants sont nommés des receveurs  (57 receveurs dont 31 devraient disparaître dans les prochaines années)

Dans les cantons et en fonction de leur importance sont installés des trésoriers principaux, des receveurs-percepteurs ou des inspecteurs.

 

b) Les missions

 

 

Le Trésor assure le recouvrement des recettes fiscales de l’Etat : l’Impôt sur le revenu, les autres impôts sont recouvrés on l’a vu par les comptables des Impôts. Le Trésor encaisse également les impôts directs locaux : Taxes foncières, Taxe d'habitation, Taxe professionnelle. De plus, elle recouvre les amendes ainsi que certaines recettes locales diverses.

Le Trésor procède également au paiement des dépenses, cependant un opérateur national de paye a été récemment institué (ONP). Ce service à compétence nationale, a pour mission principale la modernisation de la fonction « paye » pour l’ensemble des administrations de l’Etat. Les fonctions de comptable assignataire de la paye dévolues au directeur du service prendront effet progressivement.

Les comptables du Trésor ne sont pas seulement des caissiers ayant l'exclusivité du maniement des deniers publics. Ils sont également chargés du contrôle de régularité des actes de recettes et de dépenses qu'ils doivent encaisser ou payer.

Le Trésor assure également la tenue de la comptabilité de l'État, les opérations sont centralisées par l'Agence comptable centrale du Trésor, les comptabilités des collectivités locales et des établissements publics locaux est également établit par ces services.

 

 

 

II - Deux administrations qui vont fusionner

      

Le Président de la République a annoncé à plusieurs reprises le principe de la fusion de la Direction générale des impôts (DGI) et de la Direction générale de la comptabilité publique (DGCP). Après plusieurs semaines de concertation  Éric WOERTH, ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique a présenté le 4 octobre 2007 les modalités de cette fusion : les deux directions seront réunies pour former une administration unique.

 

A - Les objectifs de la réforme

 

Le ministre a mis en avant les objectifs recherchés.

En premier lieu il s’agit d’améliorer la qualité du service rendu aux usagers, dont près de 80 % estiment que l’organisation actuelle, avec, d’un côté, les centres des impôts et, de l’autre, les trésoreries est trop complexe. Toutefois, les fonctionnaires qui resteront cumuleront les tâches, et on peut se demander avec quelle formation et quelle efficacité. 

En second lieu la réforme devrait, selon le ministre, mieux répondre aux besoins des élus locaux, dont les services sont en contact avec les deux administrations sur le terrain. Mais ce faisant, on va engendrer un phénomène d’éloignement déjà rencontré avec l’Equipement. Les maires des petites communes ne seront dans ces conditions pas tous très heureux. Mais le ministre s'est bien gardé de heurter de front les collectivités locales et les maires, en s'engageant à ne pas fermer les petites trésoreries où de toutes façons les économies d'échelle seraient minces.

            Le troisième objectif de la réforme est daccroître la performance et l’efficacité de l’État.  Les moyens de lutte contre la fraude seront ainsi accrus. De même que le taux de recouvrement de l’impôt devrait être augmenté. De manière générale des gains de productivité  devraient être dégagés. N’oublions pas qu’en France, le coût du prélèvement de l'impôt représente 1,6% des recettes contre 1% au Royaume-Uni et 0,5% en Suède et aux Etats-Unis. Mais surtout, cette mesure s’inscrit dans un contexte de baisse drastique des postes dans la fonction publique, elle devrait donc permettre de mieux atteindre l’objectif de suppression d’un poste sur deux de fonctionnaire partant à la retraite.

            Enfin, la fusion devrait aussi, améliorer les perspectives professionnelles des agents en leur donnant de nouvelles possibilités de mobilité et d’enrichissement de leurs métiers. Ce n’est pas nécessairement ce que pensent les fonctionnaires des Impôts et du Trésor et ce sont eux que le ministre devra convaincre en premier lieu. N’oublions pas qu’une telle réforme avait été annoncée il y a quelques années par Christian Sauter, ce qui provoqué sa démission devant  la pression des syndicats.

 

B - Les modalités de la fusion

 

a) Les mesures

 

Au niveau national, une nouvelle direction générale sera créée et un directeur général unique sera nommé.

Au niveau départemental, une direction unique pilotera l’ensemble des services territoriaux.

Des guichets fiscaux uniques, seront progressivement mis en place sur l’ensemble du territoire.

Dans les 500 villes où sont situés à la fois des centres des impôts et des trésoreries seront créés des services unifiés des impôts des particuliers par regroupement des équipes des deux services sur un même site, et à l’intérieur d’un même service. Généralement, compte tenu de la taille respective des structures, ce sont les agents du Trésor public qui, en restant à l’intérieur d’une même commune, rejoindront leurs collègues des centres des impôts.

Dans les 2 000 communes où sont implantées uniquement des trésoreries, notamment en milieu rural et en montagne l’accueil fiscal de proximité sera renforcé puisque les usagers pourront avoir des réponses non seulement  sur le paiement de l’impôt mais aussi sur le calcul de leur impôt.

 

b) Le calendrier

 

La fusion se fera par étapes.

Dans les six mois suivant l’annonce de la fusion la nouvelle direction générale sera créée : les services centraux seront unifiés, un nouveau patron sera nommé, et un nouvel organigramme défini. Au cours de cette phase le calendrier de la mise en œuvre de la réforme au niveau local  devrait être établi.

Au cours de l’année 2008 des expériences seront menées dans quelques départements. A la suite de quoi, et en fonction des résultats la fusion se fera sur le terrain et devrait s’achever à la fin du quinquennat en 2012.