Le nouveau quinquennat

 

 

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- Le présidentialisme quinquennal

 

   L'élection de Nicolas SARKOZY à la tête de l'État et sa manière active  et volontariste d'exercer ses fonctions ont  fait parler de d""omniprésidence" ou d'"hyperprésidence". 

    Il est vrai que le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral ont produit les conséquences que l'on attendait à savoir le renforcement de la position présidentielle.

    Avec l'inversion du calendrier électoral, l'élection présidentielle devient celle qui incontestablement attribue le pouvoir et qui l'attribue évidemment au président,  ce qui a pour effet de diminuer l'importance des élections législatives puisque celles-ci ne servent qu'à donner au président les moyens parlementaires de son action. La prééminence présidentielle est ainsi  sinon consacrée, du moins renforcée. Elle l'est d'autant plus que le président  s'est engagé durant la campagne électorale sur un véritable programme de gouvernement avec des mesures précises et détaillées. Il dispose ainsi d'un mandat clair d'autant plus que son élection s'est faite dans de bonnes conditions, la participation étant particulièrement forte et le score présidentiel relativement tranché. Enfin, l'équation personnelle du président, c'est à dire son dynamisme et son charisme contribue à cette accélération de la présidentialisation du régime.

    En soi le phénomène de la présidentialisation n'est pas nouveau, il a simplement été occulté depuis 1986 en raison de la succession des trois cohabitations dont une de 5 ans, mais aussi de la période de majorité relative (1988-1992) et enfin en raison du relatif effacement de Jacques Chirac durant son quinquennat dû à son élection par 80 % des électeurs, donc sans mandat véritable. La situation actuelle est donc bien dans le prolongement de ce qu'était la Cinquième à ses débuts. On a, il est vrai, eu tendance à l'oublier 

    La Cinquième est de retour pourrait-on résumer. Toutefois il semble que ce retour  se fasse en accentuant plus encore ses caractéristiques initiales.  En ce sens on peut effectivement parler d'une hyper- présidence sans que le phénomène soit complètement nouveau. 

    La cinquième est de retour, sans détours, mais avec de nouveaux contours.

   Le président était traditionnellement présenté comme un arbitre doublé d'un capitaine, aujourd'hui, on peut schématiser en disant qu'il est l'arbitre et le général.

   

 - Allocution de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, devant les parlementaires de la majorité: 

 

 Afin de montrer que la présidentialisation n'est pas nouvelle, il faut se rappeler les quelques citations qui suivent parmi tant d'autres.

« On a parlé de " pouvoir personnel ". Si l'on entend par là que le Président de la République a pris personnellement les décisions qu'il lui incombait de prendre, cela est tout à fait exact. Dans quel poste, grand ou petit, celui qui est responsable a-t-il le droit de se dérober? » Charles De Gaulle Conférence de presse du 9 septembre 1965

 

«Dans notre République, c'est le Chef de l'État qui répond de l'intérêt supérieur et permanent de la France , de la stabilité des institutions, de la conti­nuité dans la conduite des affaires publiques»  Charles De Gaulle Conférence de presse du 9 septembre 1968

 

« Certes il existe un Gouvernement, ... certes, il y a un Parlement, ... Mais la masse nationale et moi-même ne voyons là rien qui limite ma responsabi­lité».   Charles De Gaulle Mémoires d'espoir, tome J, Paris, Plon, 1958, p. 342.

 

 

 

- L'OUVERTURE A GAUCHE

 

        - Les faits :

"Depuis son arrivée au pouvoir, M. Sarkozy s'est fixé pour objectif d'"asphyxier" la gauche : "Je veux occuper tout l'espace, c'est la règle", a confié le chef de l'Etat, peu après son élection. D'abord concentrée sur les personnalités en rupture avec le PS (Eric Besson, Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, Martin Hirsch, Fadela Amara, Jean-Marie Bockel), la stratégie de l'ouverture se poursuit aujourd'hui en direction des "éléphants", qui voient désormais s'amenuiser leurs chances de revenir au pouvoir. Les ministres étant choisis, restent les commissions, les missions, les honneurs. Ancien ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine a ainsi hérité d'une mission sur la mondialisation, Jacques Attali, ex-conseiller de François Mitterrand, d'une autre, sur la réforme de l'aide au développement.

Après cinquante jours passés à la tête de l'Etat, M. Sarkozy aura ainsi enrôlé une dizaine de personnalités classées à gauche. Cela ne lui suffit visiblement pas. Les rubriques d'échos des quotidiens et des hebdomadaires rapportent des "contacts" établis entre l'Elysée, via le chef de l'Etat lui même ou son secrétaire général Claude Guéant, et des socialistes. Jean-Yves Le Drian, Malek Boutih, Manuel Valls, Julien Dray ont tous eu droit à des propositions qu'ils ont déclinées. Mais le secret a été rapidement éventé, mettant les dirigeants du PS en fureur et favorisant, à l'encontre des personnalités approchées, un soupçon sur leur fiabilité.

Le choix du candidat de la France pour la direction du FMI est un cas d'école. L'Elysée a d'abord feint de s'intéresser à Laurent Fabius comme à M. Strauss-Kahn. "Ces noms sont intéressants", a confié au Monde M. Guéant, alors que "DSK" bénéficiait déjà du soutien exclusif du chef de l'Etat.

Déboussolés, fabiusiens et strausskahniens mènent l'enquête, soupçonnant le chef de l'Etat de "jouer" avec les candidatures, comme un matou avec des souris mortes."  

Isabelle Mandraud et Philippe Ridet
Article paru dans l'édition du Monde du 08.07.07.

       

Après Lang, Védrine ou Attali, l'ancien premier ministre PS accepte à son tour une mission de la nouvelle majorité.
 
OUVERTURE, deuxième service. Après avoir débauché avant l'été plusieurs personnalités de gauche pour composer son gouvernement ou présider des commissions, Nicolas Sarkozy poursuit sa stratégie avec succès. Avant d'installer aujourd'hui, à l'Élysée, la commission sur la libération de la croissance présidée par Jacques Attali, l'ancien collaborateur de François Mitterrand, le chef de l'État vient d'enrôler un nouveau gros poisson socialiste : l'ancien premier ministre Michel Rocard.

   Le Figaro 30 août 2007

 

 

         - La justification :

 

"Pour faire de grandes réformes, il faut une grande majorité. Président de la République, je dois me libérer de mes attaches partisanes, de mes liens amicaux. Il y a des talents dans toutes les familles politiques. Etre le Président de tous les Français est pour moi une obsession. Quand je commence ma journée de travail je ne me dis pas: je veux être le Président des 21 millions de Français qui ont voté pour moi, même si je ne veux pas trahir mes engagements vis-à-vis d'eux, mais je pense aux 17 millions qui n'ont pas voté pour moi. L'ouverture, je la fais d'autant plus facilement que je n'en avais pas besoin arithmétiquement. Ce n'est pas de la petite politique. Avec Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, Eric Besson ou Jean-Marie Bockel les choses se passent bien. Je n'ai qu'à me louer de cette équipe."  Nicolas SARKOZY  JDD 8 juillet 2007

 

            - Les antécédents :

 

Il est constant que tout pouvoir hégémonique, mais non dictatorial, cherche à faire cautionner son exercice par quelque partenaire plus faible que lui. Le parti dominant n'échappe pas à cette règle.

Ainsi le parti gaulliste de 1962 à 1974 répugne-t-il à gouverner seul. Dès l'origine du système, en 1962, faute d'avoir pu conserver le concours du M.R.P., il associe les Républicains indépendants à la majorité. Et tandis qu'il aurait pu se suffire à lui-même sous la quatrième législature, disposant de la majorité absolue à l'Assemblée Nationale, il maintient sa coalition avec eux.

Plus tard, pour passer un cap difficile, il tente une plus large ouverture encore. C'est ainsi qu'au lendemain des élections présidentielles de 1969, il convie le Centre Démocratie et Progrès à faire partie du Gouvernement. En 1974, il tolère moins facilement un plus grand élargissement. Car ce n'est plus son leader naturel qui en prend l'initiative. Et il subit plus quïl n'accepte la formation d'une « nouvelle majorité» giscardienne. étendue aux autres formations centristes, dont l'ancienne oppo­sition antigaulliste ne pourra laisser que d'amers souvenirs aux militants et aux députés U.D.R. C'est que son effet de domination a cessé.

En fait, si l'on se réfère à la définition proposée par Jean Charlot, en mai 1974 il n'y a plus de parti dominant. Certes, à l'Assemblée Nationale, l'U.D.R, est toujours « la majorité de la majorité» parlementaire. Mais ce qui compte, c'est la majorité de Gouvernement. Or, elle a perdu l'Elysée. Et en 1976, elle devra abandonner Matignon.

Cependant, au-delà de cette mutation, le mythe de l'ouverture n'est pas abandonné. Il est repris à son compte par le Président de la République. Lors de la formation de son premier Gouvernement Raymond Barre est chargé:

«…de prendre des initiatives pour élargir, notamment vers le centre gauche, cette majorité présidentielle ... Il ne s'agit pas pour moi - déclare le Chef de l'Etat - d'envisager une majorité alternative à la majorité actuelle, il s'agit d'élargir cette majorité. Ce n'est donc pas pour remplacer des membres de cette majorité par d'autres, c'est pour ajouter de nouveaux éléments à cette majorité ».

Or la composition de la majorité ne changera pas, si ce n'est qu'elle ne recèlera plus désormais de parti dominant et qu'elle perdra ainsi le ciment de son unité.

Malgré l'échec de l'entreprise, l'idée de l'ouverture réapparaîtra, sous d'autres formes, notamment au lendemain des élections législatives de mars 1978. Dans une allocution radiotélévisée le 22 mars, le Président Giscard d'Estaing tout en confirmant Raymond Barre dans ses fonctions de Premier ministre, donne pour mission au prochain Gouvernement « de préparer la voie  d'une large union nationale» et souhaite « un long printemps pour la France » . Mais en dehors des invitations spectaculaires qu'il adresse aux leaders de l'opposition à s'entretenir avec lui à l'Élysée et de l’élargissement de la composition de la délégation française à l'Assemblée générale des Nations Unies au parti socialiste, cette velléité d'ouverture restera égale­ment sans lendemain.

Jean- Louis QUERMONNE   LE GOUVERNEMENT DE LA FRANCE SOUS LA Ve RÉPUBLIQUE   1980

 

 

 

- Les centristes sont près, du moins une partie d'entre eux, à une vraie ouverture. Ils posent leurs conditions: pas de dissolution, des négociations sur la for­mation du gouvernement. François Mitterrand ne veut entendre parler ni de l'une, ni de l'autre. Rocard est d'accord avec lui pour la dissolution, au demeurant prérogative du seul Président. L'ouverture ne peut du coup qu'être limitée à des débauchages individuels.

Jacques Pelletier et Michel Durafour, sénateurs radicaux, anciens ministres de Giscard, s'y prêtent volontiers, dans la tradition opportu­niste de leur parti. « Durafour-crématoire » osera Le Pen le 2 septembre, dévoilant une fois encore son antisémitisme. Autres ralliés: Lionel Sto­léru, par volonté polytechnicienne d'agir, ainsi que l'écologiste Brice Lalonde, naturellement fluide. Des personnalités de la « société civile» parachèvent le tableau, le syndicaliste CFDT. Jacques Chérèque, le ma­gistrat Pierre Arpaillange à la Justice , qui ne lui réussira guère, le sportif Roger Bambuck aux Sports, où il fera ce qu'il peut, et le fondateur de Médecins Sans Frontières, Bernard Kouchner, à l'action humanitaire, où il tentera de déployer sa générosité, son audace et son énergie.  

Cette forme d'ouverture a ses partisans. Elle n'en déplaît pas moins aux députés, qui préfèrent être le seul vivier du recrutement gouverne­mental. Quant à l'opinion, si une partie d'entre elle apprécie la présence de tel ou tel, elle n'en voit pas moins le retour des hiérarques du gouvernement Fabius ou des grognards de Mitterrand (ce sont souvent les mêmes) avec Roland Dumas, Pierre Joxe, Jack Lang, Jean-Pierre Chevènement, Louis Mermaz, Paul Quilès, Édith Cresson, Jean Poperen, André Laignel, Pierre Bérégovoy ... Un véritable défilé d'éléphants. S'y ajoute Lionel Jospin, qui quitte la direction du parti pour le ministère de l'Éducation nationale. Ce passage ouvre sa succession rue de Solférino. François Mitterrand y voit Laurent Fabius. Pas Jospin, qui aide à ce que lui soit préféré Pierre Mauroy. Le parti socialiste s'émancipe de son maître.

(….)

 Le deuxième gouvernement Rocard démissionne, selon la tradition. Rocard est renommé, selon la logique. Il constitue un nouveau gouvernement. l'absence des communistes, depuis 1984 en rupture d'union hors élections, celle des centristes, qui viennent de sauver ceux qu'ils ont pu de leurs sièges en alliance avec la droite, sont compensées avec les moyens du bord. Cela donne un gouvernement pléthorique, pour multiplier les contentements et diminuer l'impression d'une hégémonie socialiste. 49 membres, le gouvernement le plus nom­breux de la Ve République, pour un« réformateur» cela commence mal. Il obtient quand même de François Mitterrand la non-reconduction de Jean-Michel Boucheron, maire d'Angoulême et amateur de voitures de collection, quitte à en financer l'achat douteusement. Des ministres sor­tantes battues aux élections ne sont pas gardées, Georgina Dufoix et Catherine Trautrnann. Des ministres sortants battus aux élections sont conservés: François Doubin, pour ménager les radicaux, Brice lalonde, pour les écolos, Bernard Kouchner, Roger Bambuck, Thierry de Beaucé, pour la « société civile ».

L'ouverture s'incarne également avec de nouveaux arrivants. Jean­Pierre Soisson, jadis giscardien, naguère barriste, désormais rocardien, Jean-Marie Rausch, CDS, député-maire de Metz, Théo Braun, autre cen­triste influent, Hélène Dorlhac, ancienne ministre de Giscard -la pèche est plutôt fructueuse. l'historien Alain Decaux et le professeur de méde­cine Léon Schwarzenberg complètent la photo. Ce dernier est cependant renvoyé dix jours plus tard (le record de JJSS est battu) : il a évoqué une dépénalisation de la drogue sans en parler à personne. « Pour un ministre, parler vrai consiste à veiller que sa parole engage la machine publique» explique Michel Rocard. Quant au président de la République , il commente: «Rien ne peut être fait sans que le Premier ministre en ait décidé ». Autre petit désordre, plus amusant, Olivier Stirn, de longue date surnommé l'andouille de Vire par Le Canard enchaîné, sera remercié en juillet 1990 : pour être certain d'avoir un auditoire suffisant à un colloque qu'il organisait, il a recruté des figurants rémunérés!

                 Jean-Jacques CHEVALIER ; Guy CARCASSONNE  ; Olivier DUHAMEL  LA Ve RÉPUBLIQUE  2002

 

 

 

            - La réplique du PS:

 

Le parti socialiste annonce qu’il suspendra les participants aux commissions du gouvernement. Une mesure qui vise spécifiquement Jack Lang.
 
L’ouverture n’en finit pas d’affoler le PS. Son bureau national a adopté mardi soir une nouvelle politique : «toute personnalité qui choisira de participer à une commission le fera à titre personnel et sera suspendue des instances du parti socialiste», a annoncé Stéphane Le Foll, le directeur de cabinet de François Hollande.
 
La mesure a été adoptée à l’unanimité, et en l’absence du principal intéressé, puisqu’il est spécifiquement visé par cette mesure : Jack Lang. Sollicité pour participer à une commission de réflexion sur la réforme des institutions, aux côtés d’Edouard Balladur, le député du Pas-de-Calais s’est déclaré «honoré», réservant sa réponse en fonction des propositions institutionnelles du chef de l’Etat.
 
Le PS veut choisir ses représentants dans les commissions
 
Après la défection de six personnalités de gauche au total (Bernard Kouchner, Martin Hirsch, Eric Besson, Jean-Marie Bockel, Fadela Amara et Jean-Pierre Jouyet), le PS semble donc décidé à resserrer les boulons.
 
Il laisse toutefois une porte ouverte : «Nous sommes prêts à discuter de tout sujet, à participer à toute discussion, si la demande en est faite» par le gouvernement, précise Stéphane Le Foll. Mais «le PS désignera les représentants qui seront chargés de la représenter sur la base des positions et propositions du parti».
 
Une position qui n’est pas sans rappeler les tiraillements qui, tout au long de la campagne présidentielle, ont opposé Ségolène Royal, et la direction du même parti, qui jugeait la candidate du PS trop éloignée des positions arrêtées par les socialistes.

Le Figaro 10 juillet 2007